La Flandre Française 

La Flandre française est la partie de l'ancien comté de Flandre qui fait aujourd'hui partie de la France, et qui consiste en la moitié du département du Nord.
La Flandre française résulte essentiellement de la reconquête du sud du comté de Flandre par la France au XVIIe siècle par Louis XIV

La Flandre française inclut donc, de son acception la plus restrictive à son acception la plus large, les zones suivantes:

Le Westhoek français (Flandre flamingante) compris entre la Lys et la mer du Nord. Ce territoire correspond à l'arrondissement de Dunkerque et peut être décomposé en trois régions naturelles:
"                le Blootland (" pays nu ") ou Plaine maritime, qui comprend les villes de Dunkerque (Duynkerke), Bourbourg (Broekburg), Bergues (Sint-Winoksbergen), Hondschoote.
"                le Houtland (" pays du bois "), qui comprend les villes de Wormhout (Wormhoudt), Cassel (Kassel), Hazebrouck (Hazebroek), une partie de Bailleul (Belle).
"                la plaine de la Lys qui comprend Merville (Merghem), Steenwerck et une partie de Bailleul. Notons que le "Pays Cœur de Flandre" comprend des communes situées dans le Pas-de-Calais.
Enfin, on y inclut aussi parfois les arrondissements de Saint-Omer et de Calais, situé en Artois et dans l'actuel Pas-de-Calais, mais jadis de langue flamande. On appelle cette zone l' "Artois flamand".

La Flandre romane (de langue picarde), également appelée Flandre gallicante ou, à tort, Flandre wallonne, se situe grosso modo entre la Lys (Leye) et la Scarpe.
La Flandre romane peut aussi être divisée en trois secteurs :
"                la Flandre lilloise (Rijssels-Vlaanderen) qui correspond à l'agglomération urbaine de Lille (Rijsel ou Ryssel), Roubaix (Robaais) et Tourcoing (Toerkonje) et à sa campagne environnante dont les Weppes.
"                le Pévèle, qui comprend les villes de Bouvines, Pont-à-Marcq et Mons-en-Pévèle.
"                le sud de la Flandre française, correspondant à l'ancien Bailliage de Douai, qui s'étend de Douai à Saint-Amand-les-Eaux, en passant par Orchies et Marchiennes.



La Flandre Française  fit partie intégrante du comté de Flandre et, officiellement, du Royaume de France occidentale puis du Royaume de France de 843 (Traité de Verdun) à 1529 (Traités de Cambrai). Celui-ci passa sous domination bourguignonne (Seconde Maison capétienne de Bourgogne) puis habsbourgeoise au sein, très théoriquement, du Royaume de France dont il est vassal avant de devenir purement possession espagnole après 1529 dans le cadre du Saint-Empire Romain Germanique.

Le territoire comprenant les actuels arrondissements de Lille, de Douai et de Dunkerque fut progressivement restitué à la France sous le règne de Louis XIV (mais cette fois dans le domaine royal, et non comme fief vassal de la couronne de France comme avant 1529) par le traité des Pyrénées en 1659, par l'achat de Dunkerque à l'Angleterre en 1662, par le traité d'Aix-la-Chapelle en 1668 et par le traité de Nimègue en 1678 (ce traité vient entériner notamment les conséquences de la bataille de la Peene à Noordpeene). La région n'est définitivement française qu'après 1713 avec le traité de la paix d'Utrecht.

Ce territoire devint alors une province de France (division administrative) sous le nom de Province de Flandre, même si du point de vue de l'administration il était divisé en deux provinces distinctes : la Flandre maritime et la Flandre wallonne.

Après la Révolution française, en 1790 lors de la division du pays en départements, la Province de Flandre fut réunie au Hainaut français et au Cambrésis pour former le département du Nord.

Envahie en 1792 par les Autrichiens, Lille est un instant occupée malgré l'héroïque résistance de sa population. Pichegru la reprend en 1793.

Aujourd'hui l'acception Flandre française une partie du département du Nord et n'a pas de statut administratif propre, si ce n'est par le biais des pays, institués par les lois Chevènement-Voynet. Le mot Flandre apparaît en effet dans les dénominations de deux pays qui ont vu récemment le jour : le "Pays Moulins de Flandre" et le "Pays Cœur de Flandre".
Culture flamande et langues flamande et picarde (chti)



Ce bilinguisme date du IIIe siècle, époque à laquelle les Francs occupent en partie la région et apportent avec eux le dialecte germanique qui deviendra le flamand français. Le reste de la région garde la langue romane (latin populaire) dont naîtra la langue d'oïl. Le picard, encore parlé dans la région est un des dialectes de la langue d'oïl qui donnera également le français. La frontière linguistique suit de nos jours à peu près le tracé de la Lys.

Deux langues, en dehors du français, se côtoient donc encore en Flandre :
"                Le picard (appelé ch'ti dans la région) en Flandre romane et dans la plupart de l'Artois flamand.
"                Le flamand dans le Westhoek et dans l'arrondissement de Saint-Omer

Jusqu'au début du XXe siècle, la majorité de la population du Westhoek français et d'une bonne partie de l'arrondissement de Saint-Omer parlait le flamand français, dialecte néerlandais, et donc distinct du picard parlé en Flandre romane. Le flamand fut enseigné dans les écoles primaires de la région jusqu'à l'interdiction de 1853 par l'académie de Lille. Cet arrêté n'a jamais été remis en cause depuis, mais il s'applique tout autant au picard et au chti.

Aujourd'hui, certaines personnes âgées dans les villages parlent encore le flamand entre elles. L'Institut de la Langue Régionale Flamande, localisé à Cassel organise l'enseignement du flamand régional (en parallèle, le néerlandais standard est enseigné dans de nombreuses écoles et collèges dans un cours d'une heure par semaine, ainsi que dans la plupart des lycées du nord de la région, mais le néerlandais n'est pas une langue régionale, contrairement au flamand français). Par ailleurs, des jeux flamands (comme la bourle) sont encore pratiqués. Les kermesses sont nombreuses, et les fêtes des moissons et de corporation revêtent un caractère traditionnel apprécié par les visiteurs.

Le flamand est aujourd'hui reconnu par l'État français comme langue régionale. Bien que référencé par la Délégation Générale à la Langue Française et aux Langues de France (DGLFLF) sous le nom de flamand occidental, le flamand français se différencie du flamand occidental stricto sensu par sa grammaire, sa prononciation (par exemple, le phonème /?/ n'existe pas en flamand occidental ni en néerlandais standard) et par sa graphie, restée traditionnelle et fidèle au vieux flamand de la région (par exemple, maintien du ae, prononcé /??/ ou /??/, qui correspond au néerlandais standard aa, lui prononcé /?:/).

On trouve des traces de l'extension du flamand dans la toponymie : Bergues " mont ", Brouckerque " église du marais ", Dunkerque signifie " église de la dune ", Godewaersvelde " champ de Geoffroy ", Steenwerck " chemin ("ouvrage") de pierre " et Hazebrouck " marais du lièvre ", Wissant " sable blanc ".

Il existe des associations de défense du patrimoine culturel flamand, telles que le Comité flamand de France ou encore De katjebei.

En 2008, suite au succès du film Bienvenue chez les Ch'tis, dans lequel l'histoire se passe à Bergues, et où on montre les habitants de la région comme des gens simples mais bien sympathiques et parlant ch'ti, certains Flamands de France ont été choqués que ce film donne l'impression que, dans la région de Bergues, on parle un dialecte picard, alors qu'historiquement et encore aujourd'hui elle reste flamande.



843-1529 : du traité de Verdun (843) au traité de Cambrai (1529), quasiment toute la Flandre, y compris les parties aujourd'hui situées en Belgique et aux Pays-Bas, faisait partie du royaume de France, à l'exception de la Flandre impériale, qui relevait du Saint-Empire romain germanique. Les rois de France n'exerçaient qu'une suzeraineté lointaine sur la Flandre, les comtes de Flandre gouvernant celle-ci de manière quasi-indépendante, comme c'était le cas pour beaucoup d'autres grands fiefs du royaume de France à l'époque. Les rois de France réussirent toutefois à réunir les châtellenies de Lille, Douai et Orchies au domaine royal en 1312, les détachant ainsi du reste de la Flandre (transport de Flandre) et y exerçant leur autorité directement, mais ils les rendirent aux comtes de Flandres en 1369 pour obtenir l'alliance de la Flandre contre l'Angleterre. Après 1384, la Flandre fut intégrée aux états bourguignons et se détacha de plus en plus du royaume de France, même si les rois de France ne cessèrent de revendiquer leur suzeraineté sur la Flandre, qui continua de dépendre du parlement de Paris en dernier ressort de justice. Ce n'est que par le traité de Cambrai signé le 3 août 1529 que les rois de France renoncèrent finalement à leur suzeraineté sur la Flandre, qui quittait ainsi de manière formelle le royaume de France et ne faisait plus partie du ressort du parlement de Paris.
    1659 : par le traité des Pyrénées, la France acquiert Gravelines et la châtellenie de Bourbourg, cédées par l'Espagne. Gravelines et Bourbourg sont ainsi les deux premières villes flamandes à réintégrer le royaume de France depuis 1529.
    1662 : le roi d'Angleterre Charles II, à cours d'argent, vend à la France Dunkerque et Mardyck le 27 octobre 1662 pour la somme de 5 millions de livre tournois payables au comptant. Cette vente provoque la colère des marchands de Londres, qui craignent que Dunkerque ne devienne une base de corsaires français, mais la garnison anglaise, à qui le Grand Bailli de Dunkerque fait distribuer de l'argent, quitte la ville le 29 novembre avant que le parlement anglais n'ait eu le temps d'intervenir pour faire arrêter l'exécution du traité de vente.
    1668 : par le traité d'Aix-la-Chapelle, la France acquiert Bergues, Furnes, Armentières, Douai, Lille, Menin, Courtrai et Audenarde avec leurs châtellenies et dépendances (dont Comines), cédées par l'Espagne.
    1678 : par le traité de Nimègue, la France rend à l'Espagne Audenarde et Courtrai, mais acquiert Ypres, Wervicq, Warneton, Poperingue, Bailleul et Cassel avec leurs châtellenies et dépendances, cédées par l'Espagne.
    1679-1699 : dans le cadre de la politique des Réunions, la France s'empare en dehors de tout traité de diverses villes et villages flamands appartenant aux Pays-Bas espagnols qu'elle estime être des dépendances des places qui lui ont été cédées par l'Espagne au traité de Nimègue. Parmi ces villes et villages flamands, dont certains sont enclavés dans les territoires déjà acquis par la France et d'autres sont enclavés en territoire espagnol, on trouve notamment Merville, La Motte-aux-Bois, Templemars, Vendeville, Roulers, Lo, Watervliet et Renaix.
    1699 : en application du traité de Ryswick la France et l'Espagne signent à Lille le 3 décembre 1699 un traité déterminant le sort des villes et villages occupés par la France dans le cadre de la politique des Réunions, occupations que l'Espagne conteste. Par ce traité, la France rend Renaix et Watervliet à l'Espagne mais l'Espagne accepte de reconnaître la souveraineté de la France sur Merville, La Motte-aux-Bois, Templemars, Vendeville, Roulers et Lo.
    1713 : par les traités d'Utrecht la France cède à l'Autriche, qui hérite des Pays-Bas espagnols, les villes de Furnes, Lo, Ypres, Poperingue, Roulers et Menin avec leur dépendances, ainsi que les parties des villes de Wervicq, Comines et Warneton situées sur la rive nord de la Lys. Ces territoires cédés à l'Autriche en 1713 sont appelés la Flandre rétrocédée ou West-Flandre.
    1769 : par le traité des Limites signé le 16 mai 1769 à Versailles, la France et l'Autriche s'échangent des enclaves dans leurs territoires respectifs et rectifient leur frontière en certains points. En ce qui concerne la Flandre, la France cède à l'Autriche Neuve-Église, Dranoutre, et quelques terres agricoles dépendant de la paroisse de Nieppe. La France acquiert Deûlémont, Lezennes, Wannehain, Bourghelles, Sailly-lez-Lannoy, ainsi que plusieurs autres petites enclaves autrichiennes en Flandre française.
    1779 : par le second traité des Limites signé le 18 novembre 1779 à Bruxelles, la France cède à l'Autriche Westoutre, une partie du territoire du village de Leers, partie qui formera la commune de Leers-Nord en Belgique, ainsi que quelques terres agricoles le long de la frontière. L'Autriche cède aussi à la France quelques terres agricoles le long de la frontière.
    1782 : par un arrêt du Conseil du roi du 25 octobre 1782, 9 villages et hameaux du pays d'Ostrevent sont transférés de la province du Hainaut français (généralité de Valenciennes) à la province de Flandre française (généralité de Lille) : Dechy, Erchin, Férin, Flesquières (dans l'actuelle commune de Cantin), Guesnain, Lallaing, Loffre, Masny et Roucourt. En compensation, 3 villages sont transférés de la Flandre française au Hainaut français : Abscon, Erre et Marquette-en-Ostrevant.



Copyright (C) 2008. Tous droits réservés. Création Avril 2008 et Derniére publication le mercredi 16 août 2017Cliquez ici pour vous abonner à ce flux RSSPropulsé par herve.butterdroghe(at)bergues.biz