RECHERCHES HISTORIQUES SUR  LA VILLE DE BERGUES EN FLANDRE Par Louis DEBAECKER - 1849 -






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RECHERCHES HISTORIQUES SUR  LA VILLE DE BERGUES EN FLANDRE
Par Louis DEBAECKER,


Membre de la Commission historique du département du Nord, de la société centrale des Arts et Sciences de Douai, de la société d'Émulation de Cambrai, de Bruges, etc.

BRUGES.
IMPRIMÉ CHEZ VANDECASTEELE-WERBROUCK.
1849.

Un moment de lecture incroyable pour ceux qui n'ont pas la chance ou les moyens de posséder ces livres...........bonne lecture

Louis de Backer, né le 16 avril 1814 à Saint-Omer et mort le 4 février 1896 à Paris, était un avocat français.

Il vit dans le château du couvent (grande demeure du XIXe siècle peut-être située sur l'emplacement du château de la seigneurie de Peene). Ce "château" tire son nom du couvent des Guillemites détruit à la Révolution qui se trouvait à côté.

Avocat, juge de paix et inspecteur des Monuments Historiques pour le département du Nord, la parution en 1850 de son ouvrage "Les Flamands de France - études sur leur langue, leur littérature et leurs monuments" est une véritable révélation.

Il fut le premier vice-président du Comité flamand de France.

Son fils, Emile de Backer, était maire de Noordpeene de 1897 à 1910.

Source : Wikipedia

RECHERCHES HISTORIQUES SUR  LA VILLE DE BERGUES EN FLANDRE Par Louis DEBAECKER,

RECHERCHES HISTORIQUES SUR  LA VILLE DE BERGUES EN FLANDRE
Par Louis DEBAECKER,

Membre de la Commission historique du département du Nord, de la société centrale des Arts et Sciences de Douai, de la société d'Émulation de Cambrai, de Bruges, etc.

BRUGES.
IMPRIMÉ CHEZ VANDECASTEELE-WERBROUCK.
1849.


JEUNE encore, lorsque je lisais dans les livres d'histoire le nom de la ville de Bergues, je me plaisais à annoter le volume et la page où l'auteur me parlait de ma cité chérie.
Je recevais avec bonheur et reconnaissance, tout ce qui avait rapport à mon pays, les notes, les anciens titres, ces archives des familles, les mémoires, les brochures, les notices, que des personnes généreuses voulaient bien mettre à ma disposition.
Plus tard, j'ai consulté les chroniqueurs et les légendaires qui ont écrit sur la Morinie  et sur le Nord des Gaules, J'ai exploré ensuite les chartes, les manuscrits qui nous sont restés des temps qui ne sont plus. Enfin, emporté par mon désir de toucher, pour ainsi dire, du doigt les siècles qui ont passé sur ma patrie, j'ai remué la poussière où gisent ensevelies et pêle-mêle, nos vieilles archives communales,
J'avais à cœur de savoir sous quelles lois avaient vécu nos aïeux; quels avaient été leur caractère, leur esprit, leurs tendances et leurs mœurs ; quels avaient été leurs jours de lutte, de force et de grandeur, d'épreuves et de vicissitudes, de revers et de fortune. Une communauté d'habitants n'est-elle pas une grande famille? et n'est-il pas naturel à un enfant de chercher à connaître sa généalogie? et si elle est honorable, ne lui est-il pas permis de la redire à ses frères? et puis le poète n'a-t-il pas dit: Pius est patriœ facta referre làbor (1).
En ce siècle de rénovation, où la France, sillonnée de chemins de fer, verra ses fils franchir, avec la vitesse de l'éclair, les distances qui séparent l'Océan de la Méditerranée et les Pyrénées du Rhin, échanger leurs mœurs, leurs idées, et leur langue, les fondre dans l'unité pour ne former qu'un seul peuple avec un seul cœur et une seule âme; à la veille du jour, où la locomotive en feu va traverser nos murs et donnera à toutes nos relations une face nouvelle;  au  moment enfin, où les antiques, traditions de nos pères s'effacent de plus en plus et tendent à disparaître, j'ai cru qu'il était bon de recueillir les derniers débris, les derniers vestiges de notre passé qui ne fut pas sans gloire. J'ai pensé que c'était un devoir de piété filiale de consacrer un souvenir à ces hommes, qui ont défendu nos foyers au prix de leur sang, les ont honorés par leurs vertus, illustrés par leurs travaux.
J'ai donc rassemblé mes notes éparses sur la ville de Bergues; je les ai classées par ordre chronologique et en sept grandes divisions, qui sont intitulées:
I. - Bergues sous les comtes de Flandre (665-1384).
II . - " sous les ducs de Bourgogne ( 1 384-1476).
II. -  " sous la maison d'Autriche (1477-1516).
IV. -  " sous la domination espagnole (1516 -1667).
V. - " sous les rois de France (1667-1789).
VI.- Administration, Juridiction, Finances, Industrie, Commerce, Institutions diverses, Croyances, Fêtes, Chants, Usages populaires de la ville de Bergues, avant la Révolution française. vu. - Bergues pendant la Révolution française (1789-1804).

Aujourd'hui, je livre à mes concitoyens le résultat de mes recherches, dans l'espoir que ceux d'entr'eux qui aiment leur ville natale, ne parcourront pas ces pages avec indifférence ; s'il est vrai, comme l'a dit un écrivain moderne, que " l'histoire de la contrée, de la province, de la ville natale, est la seule où notre âme s'attache par un intérêt patriotique (1). "

Et maintenant, que le lecteur me permette de lui adresser ici la prière qu'un humble moine dunkerquois écrivit en tête de son livre contre les hérétiques: " Valc, bénévole lector, et laborem " nostrum, qualiscumque sit, aequi bonique con-" suie, non carpe: sed si quse minus polita, " minus elegantia occurrant, sequis animis excu-" sare digneris (2). "

Louis DE BAECKER. Bergues, ce 1er Septembre 1847.

(1)                Augustin Thierry. - Lettres sur l'histoire de France, in-8". Paris 1827. Page 12.
(2)                Spéculum ahomiaationum per Adm. V. P. Ludovicum de Reyn, Dunckercanum, concionatorem Capaoinam, conveatûs Furaensis.-in-8*. Ipris, 1701.

I. Bergues sous les comtes de flandre. 685. - 1384.

I. Bergues sous les comtes de flandre. 685. - 1384.

Chapitre Premier.
"                Etymologie de Bergaea.
"                S. Winec et MI compagnons.
"                Fondation d'un monastère au Groenberg et à Wormhout.
"                Invasion des Normands.
"                Premières fortifications de Bergues.
"                Nouvelles invasions.
"                Baudouin-le-Jeune meurt à Bergues.
"                Baudouin à la belle barbe chasse les chanoines de St-Martin et fait bâtir une abbaye pour des Bénédictins.
"                Le P. Àlaric I" abbé.
"                Corps de plusieurs Saints transférés à Bergues.
"                Rumoald, abbé de St-Winoo assiste aux assises d'Audenarde*.
"                Privilèges importants accordés par Baudouin de Lille à l'abbaye de St-Winoc.

À deux lieues de la mer, au pays des Ménapiens, dans les marches septentrionales des Gaules, s'élevait, vers le milieu du VII siècle, une petite colline couverte d'herbes épaisses et d'arbres verts. A cause de son aspect verdoyant, on l'appelait dans le langage tudesque Grœnberg (1). De la dernière syllabe de ce mot dérive le nom de la ville qui sera Bergues-St-Winoc (2).
S. Winoc (3), qui devint et qui est encore aujourd'hui son patron, était, suivant le rapport du père Marcelin, fils de Judicaël, roi breton, et frère des saints Judoc et Juthaël. Il paraît qu'ébloui de la haute réputation de sagesse et de vertu que s'était acquise dans ce temps-là S. Bertin, abbé d'une congrégation religieuse de Sithiu, - cette congrégation eut jusqu'à cent-cinquante membres, - S. Winoc résolut, de concert avec ses amis Cadanoc, Ingenoc et Madoc, comme lui animés d'un vif amour de la religion, de quitter la terre natale pour aller implorer le joug de la règle sainte. Jetant ses derniers adieux au monde, il échangea contre la tonsure monacale la couronne de son royaume, et son sceptre héréditaire contre la verge de macération. On était alors dans l'an 665 du Verbe incarné.
Après un séjour d'environ onze ans à l'abbaye de Sithiu, S. Winoc fut délégué avec ses trois compagnons, par l'abbé de son couvent, au mont Groenberg, au sommet duquel on avait érigé des idoles à Baal; car, c'était, dit Mal-brancq (4), la seule divinité qu'adorassent alors les habitants

(1) Mont vert. - Meyeros, Flandrie annales ad ann. 814, page 11. - Grammayuf, antiquit. Flandr. page 148. - Guichardin, description des Pays-Bas, dans les additions, page 378.
(2) L'orthographe du nom de la ville de Bergues a souvent varié $ c'était tantôt Winoxberg, Berga-Sancti-Winoci, Winoci-Montium, Wino-Berga; tantôt Berghen-Sinte-Winnox, Berghes, Bergues-St-Winoc, Ber-gues-sur-Colme ou Montagne-sur-Colme pendant la révolution française et enfin Bergues-St-Winoc.
(3) Win-och, Victor Altus, le grand vainqueur. (Scrieckius, - De rerum celticarum et belgicarum origine.
(4) Liv. 4, de Horinis.

ardents au culte du Diable. S. Winoc, lui, à force de larmes et de pieuses paroles, convertit ces barbares à la foi évangélique. L'autel du faux dieu fut renversé, et Ton vit à sa place, au lieu même où l'idolâtrie célébrait ses ignobles mystères, un petit monastère s'élever à l'ombre de la Croix (685).
Nos quatre religieux continuaient par leur exemple, d'affermir ce peuple dans la croyance de la religion chrétienne , et dans la pratique des bonnes mœurs ; lorsqu'un homme de grandes vertus et qui possédait des richesses immenses, Nérémare, désireux de propager dans nos contrées, avec les nouvelles convictions, les asyles consacrés à la prière, donna à S. Winoc, par acte signé de lui au monastère de Sithiu, la première année du règne de Childebert, le village de Wormhout (1) avec ses dépendances et privilèges, dans l'intention qu'il était d'y fonder une maison dont S. Winoc et les trois autres saints seraient les premiers membres, ce qui fut cause qu'ils quittèrent le Groenberg, n'y laissant après eux qu'une petite bourgade, mais aussi quelques bons souvenirs (2).
A peu de temps de là, les saints Cadanoc, Ingenoc et Madoc étant morts, et le monastère s'étant fort accru, S. Winoc fut appelé par l'abbé de Sithiu à le diriger; mais il ne jouit pas longtemps de sa nouvelle dignité, car sa mort arriva l'année 716 ou 717, dix-neuf ou vingt ans après celle de S. Bertin.
La congrégation établie par lui, suivant la règle de S. Benoît, subsista à Wormhout environ cent-trente ans,
(1) Sur les borda de la Peene. - Supra fluvium Penat" Vroàiu* in Flandria ckrittiand.
(2) Vrediot, in Flandria chrùtiand ad ann. 664, fol. 190, 191, apud Iperium, teste Miraeo [p fastii 6 noverab. fol. 651.
jusqu'à l'irruption des Danois ou Vandales dans la Flandre-Occidentale, où ils exercèrent les cruautés les plus inouïes (1). Dès qu'on eut connaissance de leur approche, on s'empressa de transférer à St-Omer le corps de S. Winoc chez les religieux de St-Bertin, dont le R. P. Àlard était alors abbé. Le tombeau resta dans l'église du couvent jusqu'en 900. Alors le bienheureux S. Folquin, évêque des Morins, qui prêchait la parole de Dieu à Wormhout, Ekelsbeke et dans les campagnes circonvoisines, craignant une dévastation générale des édifices sacrés, ût mettre en terre les corps de saint Winoc, de saint Audomar et de saint Bertin (2).
Vers ce temps, c'est-à-dire, au commencement du x0 siècle, Baudouin-le-Chauve, deuxième comte de Flandre , crut utile de ceindre le petit bourg qui s'était formé au pied du Groenberg, de fossés et de retranchements contre les tentatives des ennemis. D'autre part, comme il était bien persuadé, dit l'historien Meyer, que Dieu protégerait mieux le pays que toute l'industrie des hommes, il fit bâtir dans l'enceinte de la ville naissante, sur les bords de la Golme, une enlise qu'il dédia à la fois à St-Martin et à St-Winoc, et il y déposa en 910 les restes mortels de l'illustre Breton, qu'il avait été chercher au monastère de Sithiu (3).
(1) Buselinua. - Annales  Gallo-Flandriœ, ad  ami. 737,  page 90.
(2) Meyerus, Annales Flandriaa ad annnm 855, page 12 et 6. - Gatet, Histoire ecclésiastique des Pays-Bas, page 274 et 275.
(3) Oudegherst, dans ses Annales de Flandre , chap. 22, page 48 verso et 49 recto, se trompe quand il dit que Baudouin a bâti à Berguos deux églises, dont Tune fut sous le patronage de St-Martin et l'autre sous celui de St-Winoc. - Meyerus ad ann. 902; page 16. - Gaset, Histoire ecclésiastique, page 415. - D. de Castillon, in sacra belgii Chronologift, part. î, htt. B, page 14 Ce que nous venons de dire des commencements de Bergues est en
Baudouin donna ensuite à la nouvelle cité ainsi fortifiée et embellie, le nom du moine qui en avait jeté les premiers fondements, et depuis lors elle fut appelée Winoxberg et plus tard Bergues-St-Winox. Son origine, comme on vient de le voir, ressemble à celle de la plupart de nos villes de Flandre ; c'est une pauvre chapelle, un monastère qui lui a donné naissance, et c'est là, dit Mr Edw.  Leglay,  le symbole de nos sociétés moder-
partie extrait d'une Notice insérée dans les Archivée historiques du nord de la France et du midi de la Belgique, tome 5, page 96. C'est un résumé exact des Iperius, des Malbrancq, des Grammaye, deaMeyerus, des Sanderus, des Gazet, des Drogon, des Walloncappelle, des Verflakej en un mot de tous les légendaires et chroniqueurs qui ont écrit sur la rie et les travaux de St-Winoc.
S. Winoci ahbatia in colle sita est, et intrà in mûris oppidi; in qud etiamnùm sacra ejusdem ossa religiosè adsermntur. Fuit S. Bertini in Sithiu discipulus. De utroque sic Joannes Iperius abbas in suo MS. Chronico Bertiniensi; Heremarus, mr nohilis villam suam, Wormhoult dictam, in Flandrid9 supra fluvium Penœ, B. Bertino tradidit. Bertinus wro considérons viros Dei, JPinocum et très fratres ejns, in Dei sertitio plus cœteris profedsse, eos Mo misit monasteriolum cottstruere, conventum congregare, christique pauperibus hospitia prœparare. Quibus Heremarus villam suam Wormhoult9 cum appenditiis privilegio suo firmavit, quod sic incipit: " Omnibus prœsentibus et futuris, qui christiani cmsentur, " etc. Actum in Sithiu monasterio, kalendis novembris, anno primo * Hildeberti régis % Illi conventiculo B. Bertinus concessit prmesse S. Wi* nocum, ubi miraculis coneomitantihus Domino finetenus inservivit.
Sic Iperius in citato Chronico, qui de S. Winoco, efusque tribus fratribus hœo itidem commémorât: eircà annum 661 B. Winoous^ Sudi-calis, Britonum régis filius, et S, Judoci frater, spreto mundo, sub B. Bertino in Sithiu monastorio monacus effidtur, cum tribus fratribus suis, Kadanoco scilicet, Ingenoco et Madoco. Prœerattunc B. Bertinus CL monachis, inter quos Winocus, quasi Stella matutina, prm cœteris clarescebat. Obiit autem S. Winocus anno 717. Hoc ipso in cœnobio fVormholtono conditus, indique posted Berças translates*
Anno 910, Balduinus Calvus, Flandriœ cornes, Bergas vallo muni vit. - Mirœus, opéra diplomaHca,  tome i, page 512.
nes; le donjon et le beffroi ne viennent qu'après (I).
Pendant les IXe et Xe siècles, Bergues eut beaucoup à souffrir des invasions des Normands. En 880, ces hommes du Nord, battus dans la forêt charbonnière, plus acharnés qu'humiliés de leur défaite, dévastent, ruinent tout le pays qu'ils traversent, tuant, brûlant, profanant tout ce qui tombe sous la main. Cassel, Ekels-beke, les monastères du Groenberg et du Wormhout sont saccagés. Quarante-huit ans plus tard, en 928, les Normands attaquent de nouveau la ville de Bergues et rasent ses fortifications, qui ne sont rétablies qu'en 951, par Everard, son vicomte et son châtelain. En 942, ces barbares les détruisent une seconde fois (2);
Cependant à tant d'orages succèdent des jours de calme. Avec l'avènement de Baudouin III au comté de Flandre, notre ville voit apparaître une ère nouvelle, Ce jeune prince n'a pas plutôt accepté l'administration dont son père, Arnould-le-vieux, s'est démis en sa faveur, qu'il s'applique à réparer les murs de Bergues, Furnes, Ipres, Bruges et Bourbourg. Il fait venir dans ses états des ouvriers de différentes manufactures et leur accorde de grands privilèges (959). Il y établit des foires et fixe à certains jours de la semaine, des marchés où les marchands peuvent échanger leurs denrées. Le commerce se faisait alors ainsi; de sorte qu'on donnait, par exemple, deux poules pour une oie, deux oies pour un porc, trois agneaux pour un veau et trois veaux pour une vache (5).
(1) Histoire des comtes de Flandre, tome I, page 22.
(2) Sanderus, tome 5, page 295. - Meyerus, page 14. - Bazelinus, ad annum 881, pages 126 et 127. -Mexeray, dans son abrégé chronologique de l'histoire de France, tome i, vers Tan 880.
(3) Histoire des comtes de Flandre, page 19. Anrers 1733.
Baudouin-le-Jeune, après avoir gouverné la Flandre pendant trois ans seulement, - ce temps lui avait suffi pour gagner l'estime et l'amour de tout son peuple, - mourut à Bergues de la petite vérole (961), et reçut la sépulture dans l'église abbatiale de Saint-Bertin à St-Omer (1).
Pendant la minorité d'Arnould II, des dissensions éclatent dans la Flandre; mais Baudouin à la belle-barbe parvient bientôt à les calmer et à rétablir l'ordre dans son comté. Désireux de s'assurer par lui-même si la justice et ses ordonnances y sont bien observées, il visite la plupart des villes qui lui sont soumises. Il vient à Dunkerque où il reste quelque temps (2), et y fait achever les travaux commencés par son aïeul. Delà, il se rend à Bergues où il réforme les chanoines de St-Martin, dont les mœurs étaient peu régulières et nullement canoniques.
Un jour, voulant les surprendre, le comte entra déguisé dans leur église, à l'heure où le portier sonnait les matines. Aucun religieux ne se présenta pour chanter les prières du matin, et le portier allait refermer l'église, lorsqu'il aperçut un étranger qu'il prit pour un homme du peuple. Il lui enjoignit de sortir; mais Baudouin résista en lui disant : " "  Je désire assister aux matines. - Tout est fini, lui fut-il répondu, les chanoines n'ont pas l'habitude de se lever pour cet office (3). "
Baudouin, convaincu et indigné du relâchement de ces religieux, les chassa de leurs bénéfices et fit venir à Ber-
(1) Walloncapelle MS. - Annales "notas abbatisB sancti Winoci. - Oudegherst, chap. 28, page 58.
(2) Faulconnier. Histoire de Dunkerque.
(3) Sanderus. - Flandria illastrata, tome S, page 500. - Oudegherst.
gues des bénédictins de St-Omer. Il fit bâtir pour eux et à ses frais, au sommet du Groenberg, une vaste abbaye et leur attribua les biens des chanoines de St-Martin avec tout le revenu du village de Wormhout (I). Ensuite, du consentement de l'évéque Hardouin de Tournay, il mit le P. Alaric, du couvent de St-Vaast, à la tête de la nouvelle abbaye, qui prit et garda depuis le nom de St-Winoc; - son corps y avait été déposa en 1020 - (2).
Après l'avoir dirigée pendant sept ans, et voyant qu'elle était en voie de prospérité, Roderic se retira au monastère de St-Bertin, et fut remplacé dans sa dignité abbatiale, par le père Germain, moine de Sithiu (3).
Vers Tan 1038, les religieux de notre abbaye reçurent avec une grande pompe les corps de S. Oswald, roi breton, et de sainte Itisberghe, que Balgar, moine de St-Winoc, avait été chercher en Angleterre. Vingt ans après, ce même religieux que S. Edouard, roi de la Grande-Bretagne, avait admis dans son intimité, obtint encore de transférer du monastère de St-André (en Angleterre) à l'abbaye de Bergues, le corps de sainte Levinne, qui vécut et mourut en odeur de sainteté au temps du roi Eubert et de S. Théodore VII, archevêque de Cantorbéry (4).
Le père Walloncappelle raconte dans ses Annales que, lorsque le corps de la sainte traversa les bourgs et villages de la Flandre, Dieu permit qu'il s'opéra de nombreux miracles, in quâ circumlatione innumera Deus ediditmi-
(1) Sanderus. - Ibid. - Oudegherst, verso de la page 68.
(2) Wallonoapelle MS.
(3) Walloncapelle MS.
(4) Levinna "eu Ltmvinna, virgo Anglicana , sub Euberto anglorum rege floruit, martyrium fecit temporibus S. Theodori VU, archieptscopi Cautuariensis* - Àubertut Miraeus in fast.  Belg, 22 julii.
racula. Drogon, XXVlma évéque de Thérouanne, a décrit tous ces prodiges et les a transmis à la postérité dans une lettre adressée à l'abbé Rumoald, et commençant par ces mots: Domino ac venerabili abbati Rumoldo, peccator Drogo presbiter et monachus, œternum naturœ degentis munus etc. (1).
En 1050, Rumoald se rendit avec les corps de S. Winoc et de plusieurs autres saints, aux assises qui se tinrent à Audenarde pour terminer le différend survenu entre Baudouin à la belle-barbe et Baudouin de Lille, son fils. - Celui-ci s'était révolté contre son père, -
La paix fut faite et jurée en présence des plus illustres personnages du clergé et sur les plus précieuses reliques de la Flandre (2).
On peut voir par là à quel degré de puissance étaient déjà parvenus les abbés de Bergues, puisque des princes souverains les prenaient pour arbitres de leurs destinées. On verra plus loin par une charte que nous mettrons sous les yeux du lecteur, comment Baudouin de Lille sut l'augmenter encore.
C'était l'époque où les châtelains, qui n'étaient autres, dans le principe, que des commandants préposés à la garde et défense des bourgs et châteaux-forts, commençaient à se rendre indépendants de l'autorité du prince, et redoutables en s'emparant pour eux-mêmes des châtel-lenies confiées à leurs soins. Quod munus, dit Sanderus, ut primo ad certos annos, vel ad vitam datum, ità posteà multis in locis ad posteros transire, et hereditarium esse cœpit (3). u C'était aussi vers le temps où Bruno, légat
Dragon MS. - Vie de sainte Le?inne.
(2) Cooroans. - Histoire de la Belgique. Walloncapelle MS.
(3) Voyez quelle était l'étendue du pouvoir des châtelains dans la
à latere du pape et archevêque de Cologne, parcourait la Gaule inférieure en prêchant aux nobles et aux vilains que ceux qui confieraient dévotement et solennellement leurs personnes et leurs biens au patronage et à la juridiction d'un saint, d'une sainte ou d'une église privilégiée, seraient traités comme confrères et serviteurs de cette église et tenus à jamais comme francs et libres (1). " Dominé sans doute par les événements, et peut-être pour empêcher l'extension de la puissance du châtelain de Bergues, Baudouin de Lille fit à l'abbé Rumoald la donation, dont voici la teneur (2):
" Au nom de la très sainte Trinité, Moi, Baudouin, fils de Baudouin à la belle-barbe, comte de Flandre par la grâce de Dieu, prenant en considération le bien de mon âme et en même temps les besoins des religieux, serviteurs de Dieu; de l'avis et du consentement de la comtesse Adèle et de mes fils Baudouin et Robert, et ce pour mon salut et celui de mes successeurs , j'ai donné par les mains de l'abbé Rumoald et donne à toujours à Dieu et à S. Winoc, savoir:
" Toute la dime de Wormhout, d'Ypres, de Warhem, d'Hoymille, de Ghyvelde, d'Uxem, de Dunkerque, de Coudekerke, de Synthe, de Spycker, d'Aremboutscappel, deux parts de toute la dime de Socx, de Bierne, de Bissezelle, de Steene, de Teteghem, de Killem, d'Oudezelle, d'Houtkerke et de Snellegerikerke ; cinq cents manses (3)
notice de H' Louis Cousin, ayocat, $ur le château de Tingry, dans le Boulonnai", - Mémoire de la Société de la Honnie, 1844*
(1 ) Edw. Leglay. - Histoire des comtes de Flandre*
(2) Mirons. - Opéra diplomaties, tome i, page 511,  512  et 513.
(3) La manse est la quantité de terrain que peuTent labourer deux bœufs dans le cours d*un an. - Ducango, verbo mansa,
de terre à Wormhout avec ses dépendances, toutes les dunes aux alentours de Synthe, y comprises les terres qui deviendront arables par suite de l'éloignement de la mer; cent manses de terre autour du monastère de St-Winoc du côté de l'orient; l'ancien bourg avec ses dépendances, qu'il faut distinguer de Bergues ; la terre dite du Groenberg; le tout à l'usage des religieux de St-Winoc. " Et s'il se trouve quelque terre inculte autour du susdit monastère, il est permis à ce monastère de se l'approprier sans nulle contestation, avec tout ce dont pourraient s'accroître les susdits villages par dessèchement des marais ou par éloignement de la mer. Je lui donne le produit du Tonlieu qui sera perçu à Wormhout, depuis la sixième heure de la veille de la Pentecôte jusqu'à la sixième heure du second jour férié; la petite rivière de la Peene avec sa pêcherie dans l'étendue des terres du susdit monastère et son moulin à eau; de sorte qu'il n'est permis à personne de se servir du moulin à eau de Wormhout sans l'autorisation de l'abbé. Ceux qui demeureront sur la terre de franchise de l'abbaye seront seulement soumis à la justice de l'abbé à raison de toutes forfaitures et amendes. Ils ne devront marcher à l'armée et à la guerre que sur l'ordre de l'abbé ; ils seront exempts des tailles et impositions, et du ban et service du comte ou châtelain.
" J'ai décidé aussi que, s'il arrive qu'un étranger soit arrêté sur cette susdite terre de franchise pour forfaitures, il sera soumis à la juridiction de l'abbé seul; que s'il s'échappe, le prince ou ses officiers le feront appréhender et conduire devant l'abbé. Et si l'abbé ne peut faire exécuter ses sentences et qu'il les dénonce au prince, le prince les fera exécuter.
" Je veux que les hôtes (colons-tenanciers) de St- Winoc (1), présents et futurs, soient les égaux du reste de mes sujets ; et de même que mes hôtes répondent au prévôt de Bruges et aux échevins et renciers, ses hôtes répondront à l'abbé seul et à ses hommes et échevins.
" Je concède à l'abbé tout pouvoir de nommer et révoquer tel échevin ou magistrat qu'il lui plaira de donner à ses hôtes, de la même manière que le prévôt de Bruges nomme et révoque ses échevins et ses magistrats.
" De son côté, le susdit abbé Rumoald constitue et donne à moi et à mes successeurs, une rente de six deniers (2) par hôte, payable chaque année le jour de la fête de St-Martin, pour avoir l'usage des viandes qui sont préparées pour mon service dans ma ville de Bergues; moyennant cette contribution, le comte s'engage de défendre les hôtes de St-Winoc contre toute attaque ou agression, comme ses propres sujets. Si dans l'avenir cet accord est enfreint et que le comte n'apporte aucun secours, les susdits hôtes seront affranchis et exempts de la contribution susdite.
" En outre, si les frères dudit monastère achètent quelque chose pour leur usage sur les terres du comte, je les exempte de tout droit de tonlieu et de péage. J'affranchis aussi des tailles, impôts, corvées ou toute autre imposition, les gens qui occuperont des charges du monastère. Si quelqu'un suscite une contestation touchant la succession d'une charge du susdit monastère, qu'elle soit jugée par le chapitre. Si quelqu'un des serviteurs se néglige ou mérite réprimande, il sera traduit devant le
(1) Eu flamand laeten, possesseurs de terres chargées de cens, rentes et redevances foncières.
(2) A peu près quarante-cinq sols de notre monnaie, 2 fr, 25 c*.
chapitre. Si quelque personne élève des prétentions sur la prébende des frères de ce monastère, à l'avenir le chapitre seul statuera et tranchera la difficulté.
" Si des gens de l'abbé soulèvent une demande contre lui ou l'abbé contre ses gens, elle sera aussi jugée et vidée par le chapitre des moines. A la mort soit de quelqu'un des gens de l'abbé, soit des hôtes, son héritier demandera à l'abbé son fief ou sa terre, mais l'abbé en aura l'usufruit pendant un an, cela lui étant dû comme bien relevant de lui.
" Je concède aussi pleine et entière franchise à tous ceux qui voudront donner leur terre ou tout autre bien à Dieu et à saint Winoc.
" Moi, Baudouin, comte de Flandre, pour le salut de mon âme et de mes successeurs, j'ai donné ces choses à toujours à Dieu et à S. Winoc ; et afin que personne ne puisse dans l'avenir les enfreindre ni s'opposer à leur exécution, j'ai revêtu les présentes de mon scel.
" Fait à Bergues, l'an de l'incarnation de notre Seigneur 1067, à l'assemblée solennelle de Pentecôte, où assistait Drogon, évéque de Thérouanne; lequel, par ordre du comte, et pour empêcher que nul ne porte atteinte â cet engagement y a attaché la peine de l'excommunication, en présence du sacré corps de S. Winoc et des dénommés ci-après, tous y consentant et répondant: ainsi-soit-il, ainsi-soit-il; fiât, fiât, amen!
" Ici est le signe du glorieux comte Baudouin, de la comtesse Adèle; de Baudouin et Robert, ses fils; de Roger de St-Pol; d'Anselme d'Hesdin; de Jean d'Arras; d'Hugues d'Anet; de Getbou, avoué de St-Bertin; de Raingot de Gant; de Baudouin de Gant; d'Alard Emes; de Conon, son fils; d'Erembaud, châtelain de  Bruges; du prévôt Erkenbert et de beaucoup d'autres (I). " L'année suivante, l'abbé Rumoald, comblé d'honneurs et de bienfaits, heureux de l'accroissement et de la prospérité de son abbaye, rendit l'âme le 9 des calendes de mars 1068, et fut enseveli à St-Winoc au pied de l'autel de St-Benoît.

Chapitre II.

Chapitre II.
  • Guerre civile eo Flandre.
  • Discorde dans l'abbaye de St-Winoc.
  • Mort de sainte Godelhre.
  • Son époux Bertolf.
  • Le moine Gervin"
  • Incendie de l'abbaye.
  • Elle est réédifiée sous l'abbé Hermès.
  • Nouvel incendie.
  • Nouvelle restauration.
  • Baudouin, fils de Thierry d'Alsace; meurt à Bergues,
  • Les Blavoetins et les Ingrekins.
  • Philippe d'Alsace confirme les privilèges de St-Winoc,
 


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