Bergues Saint-Winoc, Historique, son musée du Mont-De-Piété et les Trésors Du Musée Municipal par Thérèse VERGRIETE

« BERGUES SAINT-WINOC, HISTORIQUE, SON MUSÉE DU MONT-DE-PIÉTÉ ET LES TRÉSORS DU MUSÉE MUNICIPAL »



Il est des gens qui ne savent pas « vieillir dans le présent ».

Bergues Saint-Winoc, née dès 880, essaye en 1960 de savoir le faire, aidée comme trop souvent au cours de son histoire, par des circonstances tragiques.
Ville de proue, tantôt d'un côté de la frontière, tantôt de l'autre, sept fois incendiée, sept fois, elle s'est relevée. Ainsi rajeunie par la force des choses, elle a, chaque fois, veillé avec un soin jaloux, sur les reliques d'un passé, dont elle est toujours restée fière.

Témoin du passé, Bergues Saint-Winoc l'est par sa forme. Ville ronde selon les plans des villes fortifiées du Xe siècle, elle l'est restée. Vauban n'a fait que renforcer par une triple enceinte particulièrement développée au nord-ouest de la ville, le système de défense primitif.

Témoin du passé, Bergues Saint-Winoc, grâce aux monuments, survivants, en nombre toujours plus restreint, hélas ! a mesuré que les malheurs s'ajoutaient aux malheurs. Elle a gardé ses vieilles maisons du Pont Saint- Jean, elle a gardé sa Citerne du Roi. Elle a sauvé, grâce à une restauration savante et minutieuse son magnifique Mont-de-Piété, élevé par Wenceslas Cobergher, et inauguré le 12 septembre 1633. Des autres monuments, hier encore son orgueil, elle n'a plus, depuis 1940, que des vestiges. Son Église Saint-Martin, rebâtie à l'emplacement de la précédente, incendiée par les Allemands, ne garde plus que des parties enchâssées dans le nouvel ensemble : le chœur latéral et le bras droit du transept, dont les murs extérieurs enserrent un bijou de petit portail Renaissance, où l'ombre discrète abrite une pierre portant la date de 1595. Témoin d'un passé que ne renie pas l'Église d'aujourd'hui, si noble dans son austère modernité.

Une abbaye Bénédictine couronnait jadis le Groenberg.
Fondée en 1022, grâce à la générosité de Baudouin la Belle Barbe elle avait vu ses bâtiments se développer. Aux démolitions révolutionnaires, n'a échappé qu'une Tour, la Tour de la croisée du transept de l'Église conventuelle. Blessée en 1940, ses murs épais l'ont sauvée de la ruine totale, et maintenant, restaurée, elle garde sa massive beauté, dominant l'horizon de la plaine qui s'étale à ses pieds.

Témoin du passé, son Beffroi reconstruit au XVe siècle, n'est plus ; mais un autre s'élève et le remplacera bientôt ; son carillon utilisera les cloches de son prédécesseur, si cruellement disparu dans un geste de furie barbare.

Témoin du passé, Bergues Saint-Winoc, Ville d'Art et de Culture, l'est par les richesses abritées dans son Musée, sa Bibliothèque et ses Archives Communales.

Son Musée est un riche musée de province. Le fonds en est constitué par les tableaux récupérés à la Révolution, à l'Abbaye et dans les couvents de la ville. Le nombre actuel des tableaux est peut-être réduit par rapport au nombre mentionné dans l'inventaire de 1795 — 167 seulement sur 650. Mais tous ceux qui sont là sont des tableaux de qualité et certains même d'authentiques chefs-d'œuvre (Breughel le vieux, Jordaens, Rubens, van Dyck, Georges de la Tour, etc..) qui témoignent du goût, de la culture et des renoms des moines du Groenberg.

La remarquable Collection de Dessins P.-A. Verlinde, de 1430 dessins, de Maîtres ou petits Maîtres de différentes Écoles, ajoute encore à la valeur du Musée, déjà si riche par lui-même.

Et la Bibliothèque ! Elle n'est plus sans doute, tout comme le Musée que l'ombre des Bibliothèques conventuelles de 1789 — mais malgré les dispersions et les disparitions, elle rassemble encore 76 manuscrits, dont le magnifique manuscrit enluminé de la « Vie et miracles de Saint Winoc » (1er moitié du XIIe s.) par le moine Drogon, religieux à l'Abbaye. Aux manuscrits, s'ajoutent 12 incunables et 6.496 volumes imprimés. Les érudits et spécialistes modernes, ont là matière à étude ou consultation (la preuve vient d'être faite, une fois de plus, vu le succès récent de l'Exposition Droit et Jurisprudence organisée en l'honneur de nos congressistes, au cours de nos Journées internationales de Bergues i960). Juristes, feudistes, historiens ont là, de quoi étancher leur soif de connaissances, ou de quoi compléter les recherches, et sur des documents de première main. Dans les Archives communales, également — 26 tonnes — à présent reclassées et inventoriées (depuis 1350) — une foule d'actes portant sur l'administration civile et religieuse, la jurisprudence, la vie sociale et économique, tentent la curiosité de nombreux chercheurs, historiens et généalogistes, avides de retrouver la manière de penser, de vivre, de croire, dans les pièces originales et inédites.

Et puis... il y a encore autre chose à Bergues Saint-Winoc. Mais là, c'est je ne sais quoi, beaucoup plus difficile a exprimer. Cela sort du sol, des pierres, du ciel qu'il faut écouter et regarder sur place. On dirait qu'en orchestration, dans le mouvement de la vie actuelle reste toujours à la basse, le thème fondamental de la vie du temps jadis. — On dirait aussi, qu'une image composite dans la trame de la vie quotidienne continue la vie des gens du temps jadis...

Une chanson populaire l'affirme « On dit que Bergues est mort. C'est pas vrai... ». Il faut le croire.

Thérèse Vergriete,

Archiviste- Bibliothécaire,
Conservateur du Musée de la Ville de
Bergues Saint-Winoc. Membre de la Commission Historique du Nord.

Thérèse Vergriete, Archiviste- Bibliothécaire, Conservateur du Musée de la Ville de Bergues Saint-Winoc. Membre de la Commission Historique du Nord.


Extrait de la revue du Nord
Année 1961
Volume 43
Numéro 169
Pages 126&127


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